Ode à Anagance : Jean-Étienne Sheehy

Lundi, Mai 26, 2014

Francopresse.ca

Les Païens: ode à Anagance

Par Jean-Étienne Sheehy, Francopresse

Depuis juin 2012, près d'une cinquantaine de disques francophones hors Québec ont été recensés dans les pages des journaux membres de l'APF et sur son portail internet. Pour la première fois, un disque instrumental est mis de l'avant. Il s'agit d'une décision évidente dans le cas du groupe Les Païens,qui mérite pleinement sa place parmi Paul Demers et Radio Radio.

Au-delà de son esthétisme, la formation originaire de Moncton roule sa bosse depuis le début des années 1990. Ces vétérans bénéficient d'un fort succès d'estime auprès de la scène musicale acadienne. Ça ne s'explique pas que par le fait que l'on retrouve les cinq membres du groupe dans tous les livrets des disques de la région. Musicalement, la technique des Païens est impeccable et éclatée, entre jazz et rock progressif, condensée à l'intérieur d'une proposition champ gauche. Cet élément demeurait toutefois le point faible du groupe, tant les membres n'arrivaient pas à transporter leur musique à un autre niveau, préférant frôler l'accessibilité, sans pour autant saisir pleinement leur audace. Cette critique peut sembler sévère, mais elle est nécessaire pour comprendre le chemin parcouru par le quintette à géométrie variable, jusqu'au disque Carte Blanche.

Les Païens sont enfin à la hauteur de leurs ambitions. L'arrivée du multi-instrumentiste Jonah Hâché amène une infusion moderne qui permet de remplir les espaces restreints des traditions jazz. Le quintette est donc plus pertinent que jamais quand il se lance à l'assaut de L'extrême frontière. En plein contrôle, chaque élément est à sa place, entre la fermeté de la section rythmique et les intentions électro sensorielles, qui ouvrent de nouvelles portes aux guitares et cuivres. Carte Blanche démontre que Les Païens sont bien plus que des techniciens. Il se passe quelque chose de bien plus complexe, bien qu’étant accessible, particulièrement quand le groupe arrive à construire un climax cinématographique, à partir d'un morceau mélodique ou rythmique, en boucle. Peu de groupes peuvent aspirer à une telle symbiose, aussi magique qu'inspirante. Les gammes et les improvisations n'importent plus; on a affaire à une expérience humaine qui allie beauté et urgence.

Sans dénaturer le son façonné par Les Païens au courant des 20 dernières années, Carte Blanche permet au groupe de passer à un autre niveau. Ce disque n'est pas qu'un incontournable de la scène régionale acadienne. Il se distingue également parmi la proposition canadienne. Une critique s'impose toutefois au bout de l'écoute; l'album est disponible en format numérique et physique, mais la version vinyle n'est pas accompagnée avec la version numérique. Ne boudons pas notre plaisir pour autant. Ce disque capture pleinement le moment présent, sans date de péremption.